FRANÇOIS DESCHAMPS

Le site de petites annonces se contentait, jusqu’à présent, de mettre en relation vendeurs et acheteurs. Mais en 2018, l’entreprise va mettre en place un mode de paiement destiné à faciliter les transactions entre ses utilisateurs. Une petite révolution pour son modèle et pour l’univers de la vente en ligne.

 

Le Bon Coin est-il sur le point de bouleverser l’ordre établi dans l’univers de l’e-commerce ? Le site des petites annonces, par la voix de son directeur général Antoine Jouteau, a détaillé dans les colonnes du JDN les chantiers en préparation au sein du groupe. Déploiement d’une messagerie cross-device pour permettre aux utilisateurs d’échanger entre eux rapidement et facilement, et mise en place d’un système de matching entre les recherches effectuées et les nouveaux produits uploadés sur la plateforme, sont notamment deux nouveautés qui feront rapidement leur apparition sur Le Bon Coin. Mais la filiale du groupe norvégien Schibsted travaille au développement d’une fonctionnalité qui pourrait bien chambouler à la fois son propre modèle et tout le secteur de l’e-commerce.

En effet, dès 2018, le site de petites annonces qui compte 26,1 millions de visiteurs uniques chaque mois – à titre de comparaison, le numéro un de l’e-commerce Amazon en comptabilise un peu plus de 23 millions -, va mettre en place un service de paiement intégré au site. L’objectif ? Permettre à ses utilisateurs, plutôt que de payer leurs achats en liquide de main à main par exemple, de régler leurs achats via ce module via des transferts d’argent. Pour les usagers, cela permet de sécuriser les transactions, et pour LeBonCoin, c’est un moyen de s’approprier un élément sur lequel il n’avait pas la main jusqu’à présent : le paiement.

Un modèle qui reste à définir

En 2016, le site a généré pas moins de 100 millions de transactions. Donc selon le modèle économique que l’entreprise choisira d’appliquer à ce dispositif, cela pourra bien représenter une source de revenus supplémentaires non négligeable pour Le Bon Coin, qui enregistrait un chiffre d’affaires de près de 180 millions d’euros en 2015. A condition bien sûr, qu’il parvienne à capter une part significative des paiements.

Sur ce point, le site pourrait bien choisir d’y aller crescendo, afin d’éviter un changement trop brutal pour les utilisateurs. Selon Antoine Jouteau en effet, « le modèle n’est pas arrêté, c’est nouveau pour nous, et nous marchons sur le terrain de certains e-commerçants, donc nous serons attendus », a-t-il expliqué dans une interview aux Echos. « Est-ce que ce sera un montant forfaitaire, un modèle de commission, ou est-ce que l’on va démarrer par de la gratuité…».

Si le principe de gratuité est en toute logique ce par quoi devrait débuter Le Bon Coin, un modèle de commission pourrait ainsi voir le jour dans les temps qui viennent. Restera alors à déterminer qui portera la charge de ladite commission : l’acheteur, le vendeur ou les deux ? En attendant, afin de se « caler technologiquement », le site testera le module sur les locations de vacances dès cet été, et le déploiera pas la suite sur les biens de consommation, autrement dit les objets. « Et pourquoi pas, demain, les voitures », note son directeur général.

Depuis sa fulgurante ascension sur le marché des petites annonces, Le Bon Coin n’a cessé de déranger, d’abord eBay qui régnait jadis en maître sur les annonces en ligne, mais aussi Se Loger qui s’accaparait la majorité des annonces immobilières, ou encore La Centrale sur l’automobile… Non seulement son incursion dans le paiement pourrait être perçue d’un mauvais œil par ses concurrents, mais en outre, elle ferait basculer l’entreprise sur un modèle de place de marché, et pourrait bousculer d’autres acteurs comme PriceMinister qui vend aussi des articles d’occasion. Antoine Jouteau le sait bien, « cela promet des jours intéressants et l’on est assez impatients de le mettre en place ».

Source: ISA
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